jeudi 08 juillet 2010, 11:06
Constantin Meunier (1831-1905) est tenu pour être l'un des plus grands sculpteurs belges du dernier quart du XIXe siècle. Il fut également l'un des peintres qui célébra le mieux le monde du travail, essentiellement ouvrier. Cette iconographie lui valut à son époque une réputation qui dépassa nos frontières.
Constantin Meunier conçut Le Semeur aux environs de 1896, alors qu'il était déjà très connu. Glorification du travail des champs, avec une autre uvre phare du répertoire de l'artiste, Le Laboureur, Le Semeur chante, dans la veine du naturalisme, la noblesse du travail. Il appartient d'ailleurs au chef-d'uvre de Meunier, le Monument au travail, un ensemble qui comporte quatre reliefs monumentaux en pierre représentant L'Industrie, La Moisson, Le Port et La Mine, ainsi que cinq statues, à savoir La Maternité, Le Forgeron au repos, Le Mineur accroupi, L'Ancêtre et notre Semeur.
Ce dernier somme d'ailleurs ce monument, auquel Constantin Meunier réfléchit les quinze dernières années de sa vie. Malheureusement, l'artiste ne vit jamais son uvre réalisée et ce n'est qu'en 1930 qu'elle fut érigée à Laeken, près du port de Bruxelles, où l'on peut encore l'admirer aujourd'hui.
Un exemplaire du Semeur est également visible dans le parc du Botanique à Bruxelles, un endroit dont il fut chargé, avec Charles Van der Stappen, de l'aménagement artistique, supervisant ainsi l'installation d'une trentaine de sculptures par presque autant d'artistes.
En provenance d'Allemagne
L'uvre proposée par Christie's était mise en vente par une fondation principalement dédiée au soutien à la recherche contre le cancer, et portant le nom d'Otto Krebs, le premier propriétaire du Semeur.
Né en 1873, Krebs fit une fortune colossale dans l'industrie, ce qui lui permit d'amasser l'une des plus importantes collections d'uvres d'art en Allemagne entre les deux guerres.
Etabli à Heidelberg, il fit la plupart de ses acquisitions chez les marchands allemands les plus importants de l'époque, Goldschmidt à Frankfort ou encore Thannhauser à Berlin pour ne citer que deux d'entre eux. Son goût se portait principalement sur l'art français, qu'il s'agisse de maîtres impressionnistes ou post-impressionnistes.
Otto Krebs disparut en 1941 et sa collection resta stockée dans sa résidence de Holzdorf, près de Weimar, avant d'être transférée en Union soviétique, après la guerre, lorsque les deux Allemagne furent séparées, et enfermée dans les réserves de l'Hermitage à Saint-Pétersbourg, où elle fut révélée au public en 1995 seulement.
Une estimation qui a doublé
Le Semeur et quelques autres sculptures connurent un autre sort. Elles restèrent en Allemagne de l'Est jusqu'à la réunification, époque où elles furent confiées à la Stiftung Preussischer Kulturbesitz de Berlin. En avril 2008, elles furent restituées à la fondation qui les mit en vente chez Christie's.
Mesurant 235 centimètres de hauteur et fondu en bronze par Verbeyst, l'une des fonderies les plus renommées de Bruxelles, l'exemplaire proposé à Londres suscita beaucoup d'enthousiasme, au point d'être payé le double de son estimation basse.
Il s'agit d'un prix exceptionnel, justifié par la rareté de la pièce dans un format monumental, sa provenance et la qualité et l'originalité de sa fonte.
Sauf exception, les bronzes de l'artiste habituellement proposés sur le marché de l'art atteignent à peine le vingtième de l'enchère londonienne, qui aura peut-être pour effet de tirer la cote du sculpteur légèrement vers le haut.
Mais rien n'est moins sûr
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2011
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