Walter Leblanc entre lumière, couleurs et mouvement

VOUET,JEAN

Les oeuvres de Walter Leblanc connaissent un succès croissant auprès des collectionneurs. Un Mobilo-Static en vente à Londres a dépassé les estimations en juin.

Fin juin, à Londres, lors des dernières ventes d'art contemporain de la saison, une œuvre de l'artiste belge Walter Leblanc (1932-1986) a, une fois de plus, dépassé les attentes. En effet, un « tableau » de la série des Mobilo-Statics doubla son estimation haute et fut adjugé 40.000 livres sterling. Il y a quelques mois, lors de la vente d'une collection historique exclusivement dédiée à des artistes du groupe Zero, un grand tableau de la même série, mais monochrome blanc cette fois, fut adjugé 80.000 livres sterling, démultipliant par quatre le précédent record de l'artiste en vente publique.

Bandes

Bien qu'un Mobilo-Static ressemble à un tableau de chevalet, il ne s'agit pas d'une « toile » classique. En effet, la « surface picturale » est remplacée par des bandes de polyvinyle tendues entre les extrémités supérieures et inférieures du châssis. Ces bandes sont bicolores, une face est de couleur rouge, tandis que l'autre est blanche. Placées côte à côte, les bandes présentent tantôt leur côté pile, tantôt leur côté face. De plus, l'artiste impose le même mouvement à chaque bande : une torsion à 360 degrés. L'effet produit par ce dispositif d'une simplicité désarmante est spectaculaire : l'œuvre change d'aspect en fonction de notre position, elle bouge avec le regard du spectateur et vibre au gré de la lumière ambiante.

Objectivité

Les Mobilo-Statics de Walter Leblanc sont des structures simples, basées sur la répétition d'une formule. Au même moment, d'autres artistes s'intéressent à des problématiques similaires. Ceux-ci réfléchissant au devenir de l'art, à la suite logique de ce qu'ils considèrent comme une progression vers un but ultime. Avant cela, aux Etats-Unis, des artistes comme Kenneth Noland et Ellsworth Kelly avaient répondu aux grands tableaux expressifs de Pollock ou de Rothko par des œuvres peintes sans affect, des tableaux sans gestes expressifs. Pour les minimalistes, qui viendront quelques années plus tard, il faut encore plus réduire à l'essentiel, ils réalisent alors des variations sur des données simples, comme Carl André, qui réalise ses fameuses sculptures plates en dalles de laiton. De la même façon, les torsions de Walter Leblanc sont autant de variations autour d'un postulat de base : la torsion de bandes colorées. L'on pourrait aussi mentionner l'art cinétique d'un Vasarely ou d'un Soto en évoquant les Torsions de Walter Leblanc. Cependant, c'est à un autre mouvement, moins spectaculaire que Walter Leblanc se rattache.

Depuis la décennie cinquante, le sculpteur Lucio Fontana s'évertua à trouer, puis fendre, des tableaux monochromes. Cette démarche simple et, d'une certaine façon sérielle, est plus immatérielle que concrète. Son geste, plus libérateur que violent, ouvre le tableau à de nouveaux horizons en permettant à l'artiste de ne plus se « limiter » à la bi-dimensionnalité. En effet, les fentes « ouvrent » l'œuvre à l'espace et l'artiste continuera d'ailleurs de se décrire comme sculpteur.

Métaphysique

Chez Leblanc, c'est ce jeu avec la lumière, qui fait que l'œuvre ne soit jamais figée, qui donne cette dimension que certains qualifient de « métaphysique ». Pour Walter Leblanc, « la lumière est la sœur frivole de l'espace et du temps » et, comme l'écrivit Eddy Tack dans le Dictionnaire des peintres belges, « cette lumière, ainsi que son jeu subtil avec l'espace et le temps – ou, en d'autres termes : le mouvement –, devint l'essence de l'ensemble de son œuvre ». A sa façon, il rejoint les préoccupations d'artistes italiens comme Manzoni, allemands comme Uecker, hollandais comme Schoonhoven ou belges comme Jef Verheyen. Tous ont eu à cœur d'explorer les possibilités, tant du point de vue plastique que mental, qu'offrait cet art du dépouillement, à la frontière entre la peinture et la sculpture, l'ici même et l'au-delà.


© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2011
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