jeudi 29 juillet 2010, 14:07
Provenance
Christie's avait été chargée par le vicomte Althorp, Charles Spencer, de vendre quelques biens familiaux afin de lui permettre de continuer à entretenir ses possessions, parmi lesquelles le domaine d'Althorp, où grandit sa sur, la défunte Diana, princesse de Galles. Outre des objets d'art qui n'avaient pas d'autre intérêt que d'avoir appartenu à une grande famille anglaise, Christie's proposait quelques lots vraiment exceptionnels, parmi lesquels ce tableau de Rubens qui représente un militaire, vu de trois quarts, que l'on habille pour le combat.
Provenance
L'histoire de cette peinture est bien documentée, même si l'on ne peut toujours être absolument certain de la chaîne de ses propriétaires successifs, et ce d'autant que l'on en connaît une copie, qui a longtemps été tenue pour l'original. Il n'est donc pas exclu qu'il y ait eu des confusions lors de l'examen des inventaires des propriétaires putatifs. L'on pense cependant que l'uvre appartint initialement au marchand d'épices anversois, Cornelis van der Geest. Ses héritiers s'en sépareront au profit du premier duc de Melfort, alors en exil à Paris. Son épouse le vendra au Régent, Philippe d'Orléans, qui le transmettra à sa descendance, qui s'en défera peu après la Révolution. Comme de nombreuses uvres d'art, la peinture gagnera alors l'Angleterre, où elle fut mise en vente. George Spencer, le deuxième Earl Spencer, et l'ancêtre en ligne directe de l'actuel vicomte Althorp, en fit l'acquisition vers 1800 pour son château d'Althorp, d'où il ne fut que tout récemment décroché. A ce jour, l'on ignore encore qui s'en est rendu acquéreur le 6 juillet dernier.
Chef-d'uvre
Rubens peignit cette huile sur panneau, qui mesure un peu plus de 122 par 98 cm, aux alentours de 1612-1614, à un moment où il est acclamé pour son célèbre triptyque, toujours conservé de nos jours dans la cathédrale d'Anvers, et dont la scène centrale représente la descente de croix. Ici, il s'agit d'un sujet profane et pour le moins martial. Ce militaire, dont le bâton de commandement tenu dans la main droite témoigne du rang élevé, est sans doute une allégorie de la bravoure, une glorification de l'héroïsme du soldat qui combat pour ramener la paix. Certains ont cru reconnaître dans ce personnage un portrait de Charles Quint, mais rien n'est moins sûr, tant il faut comprendre cette uvre comme la représentation de l'archétype du commandeur, plus que comme le portrait d'un personnage historique en particulier. Rubens s'est d'ailleurs inspiré de plusieurs uvres d'illustres prédécesseurs, comme Titien, des artistes dont il put étudier le travail lors de son long voyage en Italie, dont il revint quelques années seulement avant d'entreprendre ce tableau. Ce qui fait de ce dernier un chef-d'uvre, c'est, outre sa composition, sa grande qualité d'exécution, qui garantit son caractère autographe. Le maître étant entouré d'un important atelier, l'on distingue en effet les tableaux qu'il a lui-même exécutés de ceux qui furent réalisés plus ou moins de sa main avec
l'aide de ses collaborateurs.
Prix
Rares sont les uvres importantes de Rubens susceptibles d'apparaître encore sur le marché, puisque la plupart d'entre elles appartiennent à des collections publiques, qu'elles ne quitteront jamais. Et ce à la différence de certains artistes du XXe siècle, dont des pièces de premier plan sont encore (temporairement) disponibles. Estimée entre 8 et 12 millions de livres, la peinture des Spencer fut payée 9 millions de livres par son acquéreur. Il s'agit du second meilleur prix jamais payé en vente publique pour un tableau de l'artiste, loin derrière cependant l'adjudication à 45 millions de livres du Massacre des Innocents il y a huit ans chez Sotheby's, également à Londres, le centre du marché de l'art ancien.
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2011
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