Les bijoux de la comtesse du Barry à l'encan

VOUET,JEAN

Un vol de bijoux débouche sur une vente exceptionnelle. Une ancienne favorite royale en fait les frais.

Le vol

Jeanne Bécu naquit le 19 août 1743 dans un milieu modeste. Si son grand-père avait déjà « paru » à Versailles, c'était en tant que maître-rôtisseur Sa beauté compensant largement sa naissance, elle fut remarquée à 19 ans par Jean-Baptiste du Barry, qui en fit sa maîtresse. Par le jeu des intrigues, elle fut présentée à Louis XV, qui en tomba éperdument amoureux. Le souverain, âgé de 58 ans, voulut faire de cette jeune femme de 25 ans sa favorite officielle, ce qui ne pouvait se concevoir sans qu'elle fût mariée et titrée. Jeanne Bécu épousa donc le frère aîné de son précédant amant, le comte Guillaume du Barry, que l'on s'empressa de renvoyer sur ses terres.

Succédant dans le cœur du roi à Madame de Pompadour, la comtesse du Barry bénéficia de largesses royales et reçu domaines, équipages et bijoux. Elle s'intéressa également aux beaux-arts et contribua à l'essor du néoclassicisme, faisant notamment appel à l'architecte Ledoux qui bâtit le pavillon de musique de son domaine de Louveciennes. A la mort de son protecteur en mai 1774, Louis XVI délivra une lettre de cachet qui la relégua pendant quelques mois dans un couvent. En octobre 1776, elle rejoignit son château, où elle vécut avec l'agréable compagnie du duc de Brissac.

Le vol

Le 10 janvier 1791, le duc donnait une fête dans son hôtel parisien et la comtesse y assistait comme il se doit. A Louveciennes, ses joyaux l'attendaient en principe dans sa chambre, mais des voleurs profitèrent de son absence pour les dérober. Madame du Barry fit imprimer un placard pour les retrouver, affichant de la sorte sa richesse à une époque où il ne faisait pas bon rappeler que l'on devait sa fortune à sa qualité de maîtresse de roi. Le 15 février, Madame du Barry apprit que ses joyaux avaient été retrouvés à Londres et, cinq jours plus tard, elle se rendit dans la capitale anglaise pour les authentifier. Après un bref retour en France, elle est de nouveau à Londres, mais ne parvient toujours pas à se faire remettre ses bijoux. En 1793, elle rentrera en France pour éviter la saisie de sa propriété.

Malgré les témoignages en sa faveur des habitants de Louveciennes, elle fut condamnée à la guillotine. L'exécution eut lieu le 8 décembre 1793 et ses derniers mots sont célèbres « De grâce, monsieur le bourreau, encore un petit moment ». Bref, la comtesse ne revit jamais ses bijoux et la Chancellerie française décida de les mettre en vente à son profit à Londres.

James Christie

C'est le fondateur de la célèbre maison de ventes internationale Christie's, James Christie en personne, qui fut le commissaire-priseur de cette vente exceptionnelle qui eut lieu le 19 février 1795 à midi et demie. La maison de ventes, qu'il avait fondée en 1766 est qui était située sur Pall Mall au cœur de Londres, était sans conteste le meilleur endroit pour proposer des pièces aussi importantes. La Révolution française lui avait d'ailleurs déjà permis de disperser quelques collections. Le principal acquéreur fut le joaillier Nathaniel Jeffreys qui acheta plusieurs diamants, dont le lot phare de la vente qu'il paya 900 livres. Les autres grands bijoutiers de la place se partagèrent le reste des pierres de la comtesse. En effet, à l'époque, les salles de ventes étaient surtout fréquentées par les professionnels et rarement par les collectionneurs privés. La vente fut un succès et le produit total s'éleva à 10.000 livres, une somme considérable pour l'époque.


© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2011
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