Baden-Baden se vida de son contenu…

VOUET,JEAN

Les dispersions des grands domaines aristocratiques ont, à plusieurs reprises, donné lieu à des ventes fleuves. En 1995, Sotheby's a dispersé pendant quinze jours les collections des margraves de Baden.

Les ventes « mammouth » de châteaux sont rarissimes. D'une part, elles sont un casse-tête à organiser. D'autre part, elles coûtent très cher en infrastructure. Il faut donc que le jeu en vaille la chandelle pour la maison de ventes organisatrice. Le modèle de ce genre de vacation est sans conteste la vente Mentmore, du nom de ce domaine appartenant au XIXe siècle aux Rothschild, non loin de Londres. En 1878, Hannah, la fille du baron Meyer de Rothschild avait épousé Lord Rosebery et, à la mort de leur fils, près de cent ans plus tard, l'imposant château n'est plus que l'ombre de lui-même. Sotheby's est appelé à la rescousse pour tirer le meilleur parti de ce qui reste de collection. La vente aura lieu sur place en mai 1977. Le catalogue est tiré à 11.000 exemplaires et des milliers d'amateurs visitent l'exposition préalable. Le succès est également au rendez-vous au niveau des résultats et tableaux et meubles, principalement du XVIIIe siècle français, enregistrent de belles enchères, à un moment où le marché de l'art est pourtant déprimé. Le prestige de la provenance, la qualité des objets proposés et leur rareté ont convaincu grands marchands et collectionneurs de dépenser sans compter.

Baden

En Allemagne, à Baden-Baden (entre Strasbourg et Karlsruhe), moins de vingt ans plus tard, entre le 5 et le 21 octobre 1995, c'est le Neue Schloss appartenant aux margraves de Baden qui va être complètement vidé de son contenu, des caves aux greniers

Il y a peu de chefs-d'œuvre, mais beaucoup de souvenirs, historiques ou non. Il faut six catalogues (rassemblés dans un coffret) pour contenir les 25.000 objets proposés et qui seront dispersés pendant une quinzaine de jours, sur place, comme à Mentmore.

Plus de 58.000 personnes feront le déplacement pour visiter l'exposition préalable. Un record ! Mais rien n'avait été laissé au hasard et six mois avaient été nécessaires à la maison de vente pour cataloguer, nettoyer et mettre en valeur tout ce patrimoine. Sotheby's attendait entre 20 à 30 millions de dollars de l'époque et elle récolta plus du double de son estimation basse, soit 54,7 millions de dollars. Le prince de Baden pouvait payer ses dettes

Et la vente avait fait la joie d'acheteurs du monde entier. Sotheby's indiqua, en effet, que des amateurs de 29 pays s'étaient manifestés. Cela étant, comme c'était prévisible, ce sont les Allemands qui ont été les plus voraces avec 70 % des acquisitions.

Si les Rothschild font rêver internationalement pour le raffinement de leurs collections, les margraves de Baden restent plus une référence pour leurs concitoyens. Mais la « recette » est la même : offrir la possibilité d'acheter, en plus d'un objet, la part de rêve que comporte le lien entre celui-ci et une provenance prestigieuse.

Emules

Les ventes de châteaux, voire plus modestement de maisons, sont en général une réussite, à condition bien entendu que les pièces proposées en proviennent réellement.

Autrement dit, les ventes, dites « montées », où l'on amène sur place des objets qui n'ont rien à voir avec le lieu, connaissent un sort plus mitigé. Avec les moyens d'information actuels, l'exercice est même devenu très périlleux et le marché garde le souvenir de quelques échecs retentissants.

Par contre, il est arrivé que des ventes de stock de marchands soient une réussite, comme ce fut le cas pour la vente du stock de l'antiquaire et décorateur Axel Vervoordt, dont le château de s'Gravenwezel dans la campagne anversoise fut le théâtre d'une vente particulièrement bien orchestrée par Christie's en mai 2004.

Cet automne, Sotheby's dispersera à l'encan le contenu des greniers du château de Chatsworth : trois jours devraient suffire pour disperser près de 20.000 objets. A bon entendeur !


© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2011
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