Textiles des peuples du monde, kilims et autres tapis d'hier à aujourd'hui

COLJON,CLAIRE

La plus ancienne maison de Belgique spécialisée en tapis noués à la main accueille les créations d'une designer. Face à face, Christian Vrouyr, sa fille Naïry et Viviane Tahan.

Vénérable institution ouverte à Anvers en 1920 par Norayr Vrouyr et aujourd'hui gérée de concert par une troisième et une quatrième génération, la maison Vrouyr propose un bel éventail de tapis anciens, semi-antiques et de facture récente en provenance d'Iran, d'Inde, de Turquie, d'Afghanistan, d'Arménie ou de Chine Une activité d'antiquaires à laquelle s'ajoute l'ouverture d'une bibliothèque riche de plusieurs centaines de publications, livres, magazines, catalogues et documents, parutions anciennes et récentes à consulter sur place. Et, dès l'origine, d'un atelier de restauration et d'entretien confié à une petite équipe d'ouvriers qualifiés.

Une ouverture à ce siècle

S'il expose régulièrement en sa galerie des pièces anciennes – « Jol-e-asb » : d'Iran, un éventail de couvertures de chevaux ou encore « Sarkis Khatchatourian », la reconstitution d'une exposition de tableaux tenue à Anvers en 1925 –, Christian Vrouyr s'ouvre également aux créateurs de ce siècle. Témoins, les « Tapis de palais » dessinés par sept étudiants de l'Académie des beaux-arts d'Anvers et réalisés au Népal, tous lauréats 2005 du Prix N. Vrouyr, les kilims de Werner Weber ou les tapis de Haynes Robinson. Et, pour la deuxième fois, ceux de la dessinatrice-décoratrice Viviane Tahan.

Après une collection de tapis inspirée du cubisme, voici neuf pièces uniques à la signature toujours gravée et dont les laines sont nouées à la main par un artisan au Népal. Ils ont comme noms Cendre, Angorain I & II, Extension, Asti, Médard, Sérane et Elika, autant de références aux racines arméniennes de la jeune femme, et confrontent les matières et les couleurs, surprennent et déstabilisent. De ses créations, elle dit « vouloir considérer le tapis non plus comme un simple revêtement décoratif mais comme une pièce maîtresse qui vient souligner une ambiance ou habiller la pièce de sa simple présence ». Résultat : des dessins épurés, des ciselures et des saillies dans la masse laineuse, puis des inclusions métal, de granit, de bois précieux, de galuchat ou de marqueterie

Comme autant de bijoux

Faire de ses modèles de véritables bijoux, telle est l'ambition de cette artiste née à Beyrouth dans la tradition du tapis, depuis plusieurs générations. Exemple, ce modèle Sérane dont le graphisme est essentiellement constitué de ciselures dans la masse laineuse de laquelle émerge un caisson en chêne gris Auréa. A noter encore, pour ce tapis qui fait également office de table basse, des inserts de marqueterie de bois précieux dans le caisson et dans la laine.

Surprenant et nomade est Extension. « Hormis la barre en marqueterie de bois précieux incrustée dans la laine et ses fins traits de ciselures, sa particularité réside dans le fait qu'il est constitué de deux parties. A chacun de le positionner à sa guise, de les réunir ou de les séparer ! »

Alliance de la chaleur de trois plaques d'ébène, de la froideur de cinq barres de métal, matériaux rigides par excellence, et de la douceur de la laine, Cendre réussit l'harmonie parfaite entre trois éléments que tout oppose pourtant

Viviane Tahan


© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2011
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