René Magritte et Paul Delvaux en bonne place dans les ventes de novembre de Christie's et Sotheby's.

Tableaux belges à New York

VOUET,JEAN

René Magritte et Paul Delvaux en bonne place dans les ventes de novembre de Christie's et Sotheby's.

En début de mois, Christie's, le 1er novembre, et Sotheby's, le lendemain, dispersaient les œuvres d'art les plus importantes qu'elles avaient pu réunir pendant le second semestre de l'année. Deux artistes belges s'y taillent une belle place : René Magritte, en premier lieu, et puis Paul Delvaux.

Magritte

Les vacances de Hegel de René Magritte furent payées 10.162.500 dollars chez Christie's. Ce prix correspond plus ou moins à l'estimation basse, mais il s'agit toutefois d'un prix particulièrement élevé pour un tableau de la dernière période du maître, peint une petite dizaine d'années avant sa disparition, lorsque celui-ci travaillait avec le marchand new-yorkais Alexander Iolas. Toujours chez Christie's, une autre peinture du maître au chapeau melon s'est distinguée. Egalement tardive, elle est intitulée La fin du monde et elle recèle cette fois moins l'énigme que le mystère. Elle représente la tête d'un homme coiffé d'un chapeau boule tapi dans les fourrés qui bordent une maison solitaire dont les baies éclairées répondent par leur couleur orange à un ciel baigné de lumière du soleil couchant qui contraste avec le noir de la silhouette des arbres, des fourrés et de l'étrange observateur, représenté à la même échelle que la maison. Estimée entre 4 et 6 millions de dollars, cette huile de 1963 fut acquise de haute lutte contre un peu plus de 7 millions de dollars. Citons encore les 4.786.000 dollars échangés chez Sotheby's contre Le territoire, une peinture de 1956 estimée entre 3,5 et 5,5 millions de dollars. Enfin, également sur York Avenue, une œuvre historique, peut-être la plus

intéressante de ces cessions, Le chevalier du couchant, une toile peinte en 1926, trouva acquéreur contre 4.114.500 dollars, soit sous son estimation basse. Un prix excellent pour la période la plus créative de l'artiste, trop souvent boudée en raison des tons sombres qu'il employa. Enfin, mentionnons, toujours au même endroit, les 3.554.500 dollars déboursés pour Le droit chemin, une huile de 1966, ainsi que les 962.500 dollars payés pour sa gouache intitulée Le monde familier, cette fois chez Christie's.

Bien entendu, comme c'est le cas à l'occasion de chaque vente publique, l'on dénombre des échecs. Ainsi, du côté des déceptions, il faut citer le retrait de La troisième dimension, une gouache sur papier peinte en 1950 et estimée entre 700.000 et 1.000.000 de dollars. Mais il s'agit là de la seule œuvre belge à être recalée pendant les deux soirées de ventes de prestige. Un moindre mal !

Delvaux

Pas d'invendus pour Paul Delvaux, mais nettement moins d'œuvres, car il est vrai que René Magritte est actuellement plus apprécié que son compatriote, et qu'il bénéficie d'un marché beaucoup plus soutenu. Néanmoins, Delvaux semble bénéficier d'un regain d'intérêt pour ses œuvres majeures, comme en a témoigné le prix record en vente publique (8.000.000 USD hors frais) qu'il obtint le 3 mai dernier chez Sotheby's, également à New York, pour Les cariatides de 1946. Chez Christie's, Les mains, une peinture de 1941 estimée 6 à 9 millions de dollars fut acquise contre 6.578.500 dollars. Un prix appréciable, tout comme les 3.106.500 dollars déboursés pour les Nus à la statue, exécutés en avril 1946, et ce un peu sous leur estimation basse. Quant à Femme assise (la lampe), une peinture datant de l'année précédente, un amateur l'emporta contre 1.538.500 dollars. L'art belge du milieu du XXe siècle a donc de quoi pavoiser.


© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2011
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