« La Peregrina », perle mythique de provenance exceptionnelle

VOUET,JEAN

Montée sur un collier créé par Cartier qui faisait partie de la cassette d'Elisabeth Taylor, la perle sera mise en vente chez Christie's le 13 décembre. Estimation : entre 2 et 3 millions de dollars.

Dans l'introduction au prestigieux catalogue de la vente, François Curiel, qui dirige le département « joaillerie » chez Christie's, explique que lorsque quelqu'un lui demandait de lister les trois plus grandes collections de bijoux au monde, le nom d'Elizabeth Taylor lui venait naturellement à l'esprit. D'autant que, appelé par la star en 1998 pour réaliser une évaluation de sa collection, il avait pu prendre connaissance de l'ampleur de celle-ci.

Il ne s'agit bien entendu pas d'une collection au sens encyclopédique du terme, mais d'un ensemble de bijoux, le plus souvent offerts, qui reflètent un goût immodéré pour les pierres précieuses, en ce compris les perles rares, comme le prouve ce magnifique bijou.

Une perle célèbre

« La Peregrina » est l'une des plus fameuses perles en forme de poire de l'histoire des bijoux. Elle est d'ailleurs tellement fameuse que trois autres perles revendiquent cette appellation. « La Peregrina » proviendrait du Venezuela (ou du Panama selon d'autres sources) et arriva en Espagne en 1579, où elle fut vendue au roi Philippe II. Le fils de Charles Quint la destinait originellement à sa fille, mais il la trouva si extraordinaire qu'il la garda pour lui.

Dans son testament, il en fait un joyau de la Couronne et elle restera dans sa descendance pendant deux cents ans. Lorsque l'Espagne fut conquise par Napoléon, son frère Joseph fut créé roi d'Espagne. Son règne dura c5 ans avant qu'il fuie aux Etats-Unis, non sans emporter une partie des joyaux de la Couronne

Pérégrinations

L'histoire ne s'arrête pas là et le souverain déchu offrit la perle à son neveu, le futur Napoléon III, pour financer ses activités politiques.

Elle fut donc vendue à James Hamilton, marquis et futur duc d'Abercorn.

En 1914, ses descendants confièrent la perle à un joaillier londonien, qui la proposa au roi Alphonse XIII d'Espagne qui, étant donné l'histoire de la pièce, était l'acquéreur tout désigné. Préoccupé par la Première Guerre mondiale, il déclina l'offre et le bijou partit pour les Etats-Unis. Il y resta jusqu'en 1969, lorsque l'acteur Richard Burton l'acheta, en vente publique, à New York chez Parke-Bernet contre 37.000 dollars de l'époque, le ravissant à un membre de la famille royale espagnole. Il l'offrit à Elizabeth Taylor pour son 37e anniversaire. Celle-ci choisit Cartier pour créer un collier digne de mettre la « Peregrina » en valeur.

Dans la même vente

Un collier d'émeraudes et diamants par Bulgari, estimé entre 1.000.000 et 1.500.000 dollars. Alors que Liz Taylor tourne Cléopâtre à Rome, elle découvre le joaillier Bulgari et lui rend de multiples visites. En 1962, elle se porte acquéreuse de ce collier aux magnifiques émeraudes, qu'elle assortira sans problème à d'autres bijoux composés des mêmes gemmes.

Un collier en diamants, émeraudes et rubis, estimé entre 60.000 et 80.000 dollars. Qui d'autre que le roi de la pop music, alias Michael Jackson, pouvait offrir à son amie Liz un tel bijou ? Nous sommes ici loin des joyaux de la star et ce sommet du kitch vaut plus par sa provenance que par sa qualité intrinsèque !

Un diamant monté en bague, estimé entre 2,5 et 3 millions de dollars. Offerte à l'actrice par Richard Burton en 1968, cette bague est ornée d'un diamant de plus de 33 carats de la plus belle eau. Une pièce parfaite qui devrait atteindre les sommets.


© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2011
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